Voilà bien longtemps que nous n'avons pas eu une conversation toutes les deux, et pourtant, vois-tu, je t'aperçois tous les jours de mon chez moi. Je te vois trôner fièrement en bas, dans la vallée, crachant allégrement ta fumée, symbole même de la vie qui s'affaire dans tes entrailles. Ces ouvriers, toujours moins nombreux au fil des années, t'alimentent nuits et jours. Tu les nourris et les loges, ils t'aident à fournir ce dont les autres ont besoin. Une belle histoire vous lie. Une histoire qu'on ne voudrait pas voir finir.
Et pourtant, je le sais...Ces dernières années n'ont pas été des plus belles pour toi. Tes ouvriers sont poussés vers la sortie, le gouffre noir du chomage les guettant. Et te voilà, toi et les tiens restant, luttant pour garder un rythme de croisière suffisant pour qu'on ne vienne pas encore t'ôter tes précieux ouvriers.
Et tu luttes, encore et encore, et tu le fais bien. Tu es capable d'engendre assez de matériaux pour nourrir les grands projets des pays étrangers qui viennent offrir à tes petites entreprises alentours la possibilité de fabriquer de belles oeuvres, symboles majestueux de la sidérurgie lorraine dans des contrées lointaines.
Et ces dernières semaines, qu'entends-je? Toi et tes ouvriers êtes menacés? Cet indien n'a-t-il donc aucun coeur? Ne voit-il pas qu'en te poussant vers le néant, tu aspireras avec toi un millier de tes enfants?Tu ne pourras plus les nourrir, tu ne pourras plus leur offrir un toit, tu ne pourras plus être leur lueur d'espoir! Ne voit-il donc pas que tes amies les petites entreprises en souffriront? Tes frères les hauts-fourneaux ont déjà disparu. Ils ne sont plus que de vulgaires tas de poussières à présent...Après avoir permis à une région entière de vivre...Si ton tour vient, tes soeurs, les usines lorraines, disparaitront petit à petit...Alors relève la tête, lève tes enfants, battez-vous!
Certains disent que tu ne fais qu'enlaidir le paysage. Pourtant, tu es la plus belle chose qui nous soit arrivé dans cette triste région. Tout tourne autour de toi. Même si tes fumées recouvrent nos salons de jardin et nos vitres d'une couche de poussière, tu restes le symbole de la Lorraine.
Certains disent que tu n'es plus bonne à rien. Pourtant tu continues à voir arriver de fortes demandes, pas uniquement locales, aussi étrangères.
Le président est passé te voir, je le sais, ils nous en ont parlé aux informations. Je crois malheureusement que vous ne trouverez pas le salut à travers ce personnage. Il vous rassure, tente de vous redonner espoir, mais rien de ce qu'il annonce n'est possible.
J'ai envie de te dire que tout est perdu d'avance, que plus rien n'y changera désormais. Mais non! L'abandon n'est pas lorrain! N'avons pas connu de grands déboires durant notre histoire? N'avons nous pas toujours relever la tête, fiers, et prêts à avancer de nouveaux, plus forts que jamais?
Lève-toi! Lève tes enfants avec toi! Les enfants de la sidérurgie sont avec vous!
Gren, une fille de l'est, enfant de la sidérurgie, voisine de tes fumées, qui t'écrit des maux et des mots plein le coeur.
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