Je pourrais vous parler
longuement de la littérature lorraine. Et pourtant, je ne me consacrerais principalement qu'à deux auteurs qui me tiennent à coeur et qui reflètent bien la région et son histoire.
Sachez tout de même qu'il
existe de nombreux ouvrages sur la région, son histoire, sa culture, sa gastronomie, ses traditions. Beaucoup trop d'ouvrages et d'auteurs pour les référencer ici. Vous pourrez en trouver
quelques uns sur mon blog consacré à la Lorraine dans la catégorie
littérature. Il existe également de nombreuses revues lorraines que vous trouverez ici.
Mais avant de vous en dire
plus, je vous parlerai quand même des principaux auteurs.
Commençons par Madame de
Graffigny. Ce nom ne vous dit rien? C'est normal. Elle est née en 1695 à Nancy, et à cette époque, les femmes écrivains n'étaient pas très bien vues. Et pourtant, elle était une amie de Voltaire
avec qui elle vécut dans la château de Cirey. Elle est l'auteur des Lettres d'une péruvienne (1747) et de Cénie (1750), drame sur la condition féminine. Elle est l'auteur de
nombreux journaux intimes et de correspondances qui remplissent pas moins de 14 volumes.
Edmond et Jules de
Goncourt sont des frères qui ont marqué la littérature. Nés au XIX ème siècle à Nancy, ils écrivirent une bonne partie de leurs oeuvres ensemble. Ils firent partie du mouvement naturaliste, et
furent les amis de Zola, Maupassant, Daudet... Edmond de Goncourt fut le fondateur de l'académie Goncourt. Leur oeuvre la plus lue est Le journal sous-titré Mémoires de la vie
littéraire composé d'une suite de notes plus ou moins brèves.
Paul Verlaine, sans doute
le plus connu des écrivains lorrains, est né à Metz en 1844. Le poète de la musique ("De la musique avant toute chose"), de celui qui mêle les mots à la mélodie, mais aussi à la peinture
(Romances sans parole étant de véritables tableaux impressionnistes) Il quittera son épouse pour suivre Rimbaud en Angleterre et en Belgique. Pendant ces voyages, il écrira le recueil
cité précédemment. (Il écrivit tout de même avant celui-ci différents recueils: Parnasse contemporain, Poèmes saturniens, Fêtes galantes) Il sera condamné pour avoir
tirer sur Rimbaud pendant une dispute. En 1883, il publie, dans une revue, une série des poètes maudits qui le fera connaître, et lui donnera comme Mallarmé la réputation de maître et de
précurseur.
Maurice Barrès est né en
1862 à Charmes dans les Vosges, écrivain et politique. Il écrivit Le culte du moi exaltant les valeurs individualistes, la recherche des expériences, mais évolua peu à peu vers le
nationalisme républicain avec un certain attachement aux racines et à la terre natale (d'où l'écriture des Déracinés et des Bastions de l'Est entre autres) En 1906, il fut
élu à l'Académie Française. Il encouragea les débuts littéraires de François Mauriac et de Louis Aragon.
Philippe Claudel est né en
1962 à Dombasle-sur-Meurthe. Il est professeur de lettres à Nancy en plus d'être écrivain. En 2003, il obtient le prix Goncourt pour sa nouvelle Les petites mécaniques. Il a
reçu plusieurs prix, comme le prix Marcel Pagnol ou encore le prix France Télévision en 2000. Je vous en ai parlé dans l'article sur la musique et le cinéma en Lorraine, il est l'auteur des Ames grises (2003)
adapté au cinéma en 2005.
Maintenant, passons aux
deux auteurs sur lesquels je voudrais me pencher un peu plus. Il s'agit surtout de deux oeuvres qui m'ont plu, sur la lorraine, sur ce qu'il s'y passe, sur la vie des lorrains. Il s'agit de
Les derniers jours de la classe ouvrière d' Aurélie Filipetti et de Daewoo de François Bon.
Aurélie Filippetti est née
en 1973 à Villerupt (54). Elle est, en plus d’être écrivain, une femme politique (conseillère du 5ème arrondissement de Paris). Pourquoi parler de cet auteur ? Tout
simplement parce qu’elle fait partie de cette littérature lorraine dans deux sens : son origine, et le sujet de son texte. Je vais surtout parler d’un texte qui m’a beaucoup parlé « Les
derniers jours de la classe ouvrière », un livre un peu autobiographique.
Revenons en à la personne
de Filippetti. Elle est la fille d’un mineur de fond communiste, maire d’Audun-le-Tiche en Moselle. Elle est petite-fille d’immigrés italiens des mines de fer de Lorraine. Son premier roman
raconte l’histoire de son grand-père, résistant, qui a été arrêté par la Gestapo au fond de la mine et qui a été déporté en camp de concentration avec ses deux frères.
« Les derniers jours
de la classe ouvrière » est un hommage aux ouvriers lorrains, c’est un devoir de mémoire. Moi-même très attachée à mes racines, je dévore ce livre avec autant de plaisir à chaque fois que je
me décide à l’ouvrir de nouveau. J’ai l’impression d’y vivre quelque part l’histoire de ma région, la mienne. Elle a voulu retranscrire cette « impossible mémoire ouvrière » de cette
vie qu’il faut avoir vécu pour comprendre. Elle s’efforce alors de laisser sur ces pages ses souvenirs, sans se soucier de la chronologie, de la structure, de la forme. Ca n’en donne que plus de
réalisme, de vérité. On ne peut que croire ce qu’elle nous raconte. C’est toute l’histoire de la mine qui revit. L’histoire qui disparaîtra parce que le profit passe avant les hommes. Elle va
témoigner de ces rêves qui faisaient vivre ses ouvriers communistes, de leurs désillusions face à la réalité des choses. C’est un moyen également pour elle de prouver à ses parents et
grands-parents qu’elle ne les a pas trahi en poursuivant de grandes études et en quittant le monde ouvrier. Elle ne les juge pas, ne les prend pas de haut, mais leur rend hommage.
Mais avec la mort de la
classe ouvrière, des mines et maintenant des usines, c’est un peu la Lorraine qui se meurt. Ces maisons qui se fissurent, s’effondrent à cause des galeries abandonnées. Ces terrains qui ne
cessent de bouger. Ces hauts-fourneaux qui ne fument plus. Ces trains de marchandises des usines qui se font de plus en plus rares dans le paysage lorrain. Ces usines silencieuses, vides et sans
vie.
Enfin, je voudrais vous
parler de François Bon, qui n’est pas à proprement parler un auteur lorrain puisqu’il n’est pas né dans la région. Cependant, il a écrit un très bon livre sur une partie de l’histoire de la
Lorraine, sur les fermetures de ses usines, sur le déclin de ces ouvriers qui perdent leur emploi. Il s’agit de Daewoo.
Il est né en 1953, et
publie en 1982 son premier livre, « Sortie d’usine ». Il se spécialise dans les ateliers d’écriture auprès de public en difficulté sociale (SDF, détenus), mais aussi d’étudiants et de
profs. Il est aussi l’auteur de pièces de théâtre dont « Daewoo » dont il fera un roman.
Daewoo, c’est l’histoire
des ouvrières de cette usine après la fermeture de trois sites de la vallée de la Fensh en Lorraine. Il y retranscrit les paroles de ces ouvrières. Ces femmes qui n’ont plus de travail, vont être
vues comme des sans-travail, ces femmes qui se sentiront honteuses, qui baisseront la tête alors que le système a profité d’elles. Ces femmes confrontées au sinistre vide de la vie
quotidienne. Il donne la parole à quatre d’entre elles, touchées par le licenciement et le suicide de leur amie.
Dès l’ouverture du roman,
François Bon décrit le paysage de fer qu’il aperçoit, un paysage triste qui semble s’imprégner de la détresse de ces habitants.
Les phrases sont
saccadées, coupées, silencieuses, chaotiques. Elles traduisent parfaitement l’atmosphère de l’évènement, les sentiments de ces ouvrières. Il devient journaliste, s’investit dans le récit, se
montre dans le paysage, dans les scènes.
François Bon dit une
belle chose et c’est par cela que ce livre est un hommage : « Si les ouvrières n'ont plus leur
place nulle part, que le roman soit mémoire »
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